L’ibuprofène, responsable de malformations fœtales, est un antalgique contre-indiqué pour les femmes en fin de grossesse. Une nouvelle étude indique qu’il pourrait également perturber la formation des testicules dès les premiers mois du développement in utero.

 

Enceinte depuis peu, vous avez de la fièvre ou une migraine ? Bannissez l’ibuprofène. Des chercheurs de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) de Rennes, et leurs collaborateurs, ont étudié l’impact de cette molécule sur la formation des testicules des fœtus mâles. Les résultats, publiés le 10 mars dans la revue Scientific Reports, suggèrent que l’ibuprofène pourrait altérer l’intégrité du système hormonal impliqué dans le développement des organes génitaux masculins, et ce, dès les premiers mois de la grossesse.

Des taux hormonaux affectés

 

« Nous avons observé un déséquilibre dans les taux d’Insulin-like 3 (INSL3) et de testostérone, deux hormones qui jouent de concert pour permettre la descente des testicules, explique Bernard Jégou, directeur de recherche à l’Inserm et coordinateur de l’étude. L’INSL3 est impliquée dans la première phase de descente des testicules dans l’abdomen du fœtus, alors que la testostérone masculinise le fœtus, accélère la descente des testicules et permet la formation du scrotum, dans lequel les testicules doivent normalement descendre. »

 

Ces travaux font suite à des études épidémiologiques ayant révélé une corrélation entre la consommation d’ibuprofène en début de grossesse et l’augmentation du risque de malformations génitales. Les petits garçons nés de femmes ayant pris ce médicament présentent en effet un risque plus élevé de souffrir d’hypospadias ou de cryptorchidie.

Une période très sensible

 

Les études montrent que jusqu’à 3 femmes sur 10 consomment de l’ibuprofène durant leur grossesse. Or, ces antalgiques passent la barrière placentaire, c’est-à-dire qu’ils peuvent pénétrer dans les tissus du bébé en développement. Pour leurs expériences, les chercheurs ont utilisé des « doses analogues à celles auxquelles les femmes sont exposées ».

 

« Nous avons observé qu’entre la 8e et la 10e semaine de grossesse, l’ibuprofène cognait dur. Or, pendant cette période, l’individu est en pleine formation. Il s’agit d’une fenêtre très sensible pour le développement morphologique et génique de ses organes sexuels », indique Bernard Jégou.

Une réglementation à changer ?

 

« Les recommandations actuelles de l’Agence nationale de sécurité du médicament sont d’éviter la consommation d’ibuprofène à partir du sixième mois de grossesse, afin de limiter les risques vasculaires et rénaux », rappelle Bernard Jégou. Au vu des résultats de ses expériences, le chercheur appelle à une intensification des recherches axées sur les premiers et deuxièmes trimestres de la grossesse.

 

Toutefois, Bernard Jégou insiste : « Même si le sujet est anxiogène, ces antalgiques sont utiles et le but n’est pas de faire culpabiliser les femmes. Mais il est important de faire en sorte de les consommer pendant des périodes les plus courtes possibles et aux doses les plus faibles possibles. »

 

http://mereporteuse.info/

 

Source : francetvinfo

Publicités