Près d’un couple sur sept espère un enfant qui tarde à venir. Une épreuve qui retentit sur la vie sexuelle et peut même la gâcher durablement. Mise en garde et conseils pour échapper à cette “double peine”.

Infertilité et sexualité

 

En théorie, les avancées médicales ont permis de dissocier sexualité et reproduction : il est possible d’avoir des rapports sans concevoir grâce à la contraception ; et l’on peut a contrario avoir un enfant sans rapport, via les techniques de l’aide médicale à la procréation (AMP, ou PMA). Pourtant, il serait utopique de penser que l’un et l’autre ne continuent pas à s’influencer. D’une part, 1 à 2 % des cas d’infertilité seraient dus à des troubles sexuels préexistants (vaginisme, éjaculation ante portas, etc.) ; d’autre part, plus le désir d’enfant tarde à se concrétiser, plus il risque aussi de contaminer les ébats sensuels.

 

Finie la rigolade !

Dans le meilleur des mondes, on arrête la pilule et le test de grossesse se révèle positif dans les deux à six mois qui suivent. Quand ce n’est pas le cas, et même si les médecins recommandent d’attendre un an avant de consulter, doutes et craintes ont tendance à s’installer. Peu à peu, la sexualité commence à être envisagée non plus comme une « fin » en soi, mais comme le « moyen » d’obtenir un bébé. Et pour peu que le couple commence à « programmer » les ébats dans l’optique de mettre le maximum de chances de son côté, la rencontre perd de son caractère ludique et de sa spontanéité. 20 % recourent ainsi à la courbe de température (rien de plus érotique que le thermomètre au petit matin, n’est-ce pas ?), les autres aux tests d’ovulation en pharmacie. Calculer ainsi la date des rapports n’est évidemment pas la meilleure façon de faire éclore le désir, et pas forcément efficace non plus pour concevoir, car plus le stress monte, plus la fertilité décroît.

 

Une annonce parfois dévastatrice

Après plusieurs mois d’attente et de désillusions, l’intimité du couple est encore malmenée lorsque la médecine s’en mêle : interrogatoire indiscret et examens impudiques portent un coup à l’imaginaire érotique. Si le diagnostic d’infertilité est confirmé, il coupe net l’espoir et déstabilise encore plus le couple, qui est parfois tenté de faire une croix sur sa sexualité. A quoi bon ? Une étude a ainsi mis en évidence une baisse du désir et de la satisfaction sexuelle sitôt le diagnostic d’infertilité posé, quelle qu’en soit la cause (Fertil. Steril, 2006). Lorsque la responsabilité est imputée à un seul partenaire, l’estime de soi du responsable est durement ébranlée – « c’est de ma faute » –, même si son conjoint se garde bien d’exprimer toute rancœur (ce qui n’est pas toujours le cas !). L’homme est particulièrement dévalorisé, car il a tendance à confondre infertilité avec « impuissance », mettant en cause sa virilité. Résultat : une dysfonction érectile plus ou moins sévère apparaît chez 22 % d’entre eux, et une dépression presque une fois sur quatre. Sans compter les répercussions sociétales de la stérilité dans certaines cultures, où ne pas pouvoir transmettre la vie et le nom de famille est presque considéré comme une « tare »…

 

Des traitements généralement éprouvants

A priori, entamer un parcours de PMA signe encore plus la fin de l’érotisme. Chez la femme, l’hyperstimulation ovarienne entraîne des effets secondaires (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, nervosité, baisse de la libido, prise de poids, douleurs pelviennes) peu propices aux jeux de l’amour. Ajoutez l’anxiété sur l’issue des tentatives et la dépression à l’arrivée des règles, comment s’étonner si elle n’a plus guère d’orgasmes ?

Pas facile non plus pour l’homme d’assurer « sur commande », avec obligation de résultat, et de fournir « joyeusement » son sperme dans le contexte peu excitant du laboratoire ! Les deux à cinq jours d’abstinence imposés auparavant ne peuvent que renforcer sa conviction : c’est la science qui commande dorénavant, plus le désir. L’envie de bébé, devenue obsessionnelle, peut ainsi sembler balayer tout plaisir dans le couple. D’ailleurs, les rapports « inutiles » ont tendance à se raréfier.

 

Faire en sorte de se protéger

Dans les centres de PMA, les médecins sont surchargés de travail et peu formés pour l’accompagnement moral, mais il ne faut pas hésiter à insister pour obtenir un soutien psychologique. D’autant que rester positif aiderait aussi à concevoir (en diminuant le stress). Sitôt le résultat du bilan de fertilité connu, le recours à un psycho-sexologue peut s’avérer une très bonne idée, notamment pour déculpabiliser, évacuer toute idée de faute ou de honte associée à la sexualité et travailler sur la relation de confiance du couple.

La durée du temps d’infertilité peut elle aussi avoir un impact sur le climat conjugal et la satisfaction sexuelle. Des études ont montré que pour certains, les relations se dégradent après trois ans, pour d’autres seulement après six ans ! Tout dépend de la dynamique du couple, car s’obstiner ensemble peut aussi augmenter la cohésion conjugale, le partage des épreuves renforçant les sentiments. Quelques astuces pour préserver au mieux les rapports amoureux :

– être bien informé pour dédramatiser ;

– apprendre à rire à l’avance des « tue-l’amour » ;

– tout au long du parcours, garder une sexualité minimale autre que coïtale, « juste pour le plaisir ».

 

Retrouver une sexualité source de plaisir

A l’issue de cette période difficile, des problèmes peuvent persister : homme ayant perdu sa capacité érectile, car il a l’impression d’avoir été traité comme un « étalon » et non plus comme un amant ; femme ayant égaré sa libido. Comment revenir à une sexualité spontanée et joyeuse qui, justement, aiderait à réparer la blessure ? Une fois encore, une aide psycho-sexologique peut limiter les effets néfastes et accélérer le retour à une sexualité source de plaisir.

Des études ont exploré le devenir des couples après des parcours d’AMP, selon que ceux-ci ont été couronnés ou non de succès. Dans un premier temps, l’échec entraîne 75 % de dépressions, des difficultés relationnelles et des troubles sexuels. Mais dix ans après la tentative, il n’y a plus de différence concernant la satisfaction sexuelle entre les couples ayant obtenu une grossesse avec l’AMP et ceux en échec. Comme quoi l’amour finit par vaincre le souvenir de tous ces coïts programmés « sur ordonnance » !

 

http://www.mereporteuse.info

 

Source : http://www.femina.fr

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