Alors qu’un premier colloque scientifique est organisé à Paris pour réfléchir aux usages et aux multiples facettes de la gestation pour autrui, la Manif pour tous continue de s’opposer bruyamment à cette pratique pourtant interdite en France.

 «Tous les trois jours, un bébé GPA est importé en France. Stop» ; «Non à la location des utérus, non à l’esclavage moderne des femmes, non à la vente ou à l’achat d’enfants» ; sans oublier le désormais célèbre «Nos ventres ne sont pas des Caddies».C’est peu dire que les fans de la Manif pour tous ne mégotent pas quand il s’agit de s’opposer à la gestation pour autrui (GPA), pourtant interdite en France. Tout est prétexte à diabolisation. Même la tenue du premier colloque scientifique en France sur le sujet, qui s’ouvre ce jeudi, a remonté les troupes comme des coucous. Et de crier à la «normalisation» de la GPA. Et de demander l’interdiction pure et simple de l’événement. Et de dégainer une pétition en ligne. Et même de supplier la région Ile-de-France de reprendre sa mirobolante subvention de 4 000 euros…

L’objectif du colloque est pourtant d’une neutralité simple : débattre avec des confrères étrangers de la GPA, son développement dans le monde, ses impacts, mais aussi ses dérives. L’occasion de montrer les multiples facettes de cette pratique, pour sortir des caricaturaux «pour» et surtout «contre» la GPA, qui plombent l’atmosphère avec une violence presque aussi forte que lors des débats qui ont accompagné le vote de la loi autorisant l’IVG. Oui, la GPA est multiple, tantôt marchande (comme aux Etats-Unis), tantôt altruiste (comme en Grèce) ; tantôt non encadrée donc tolérée (comme en Belgique ou aux Pays-Bas), tantôt interdite (comme en France ou en Allemagne). Oui, elle se pratique dans certains pays sans soulever l’ire de l’opinion (comme au Royaume-Uni) ou à l’inverse en faisant gronder. Oui, elle s’adresse à des couples hétéros dont la femme ne peut porter un enfant pour cause de problème d’utérus ou à des homosexuels qui de plus en plus veulent fonder des familles… Il y a quasiment autant de GPA que de pays, et de situations que de mères porteuses différentes. Quand une Américaine peut toucher dans les 35 000 euros, une Ukrainienne se contente de 8 000 euros (sachant que son salaire mensuel moyen est de 200 euros). Autant dire que le sujet tient de la mosaïque, complexe.

La France est-elle si bloquée ?

Après une longue période de «ni oui ni non», bref de vacuité législative, la GPA a été interdite en France dans les premières lois de bioéthique, promulguées en 1994. Le dossier est depuis archiverrouillé. La serrure a à peine couiné quand, en 2008, un groupe de travail du Sénat consacré à la maternité pour autrui s’est prononcé en vain en faveur d’un encadrement strict de la pratique (pour les couples dont la femme ne pourrait pas porter d’enfant).

En outre, ce sujet a le don de cliver les féministes, de même que le corps médical. Même si certains gynécologues sont plutôt favorables à un encadrement législatif de la GPA en cas d’indication médicale d’infertilité féminine.

Face à tant d’hostilité, des couples se tournent vers l’étranger (Etats-Unis, Canada, Ukraine…). Un rapport présenté en 2013 au Parlement européen estime à 200 le nombre de naissances de Français à l’étranger en 2011, contre 120 en 2007. La courbe va-t-elle encore monter ?

L’Europe est-elle unie ?

Trois des 28 pays de l’Union européenne autorisent expressément la GPA : la Grèce (lire plus loin), la Roumanie (depuis 2004) et le Royaume-Uni, où cette pratique est autorisée depuis 1985, à condition qu’aucun profit financier n’en soit tiré. En 2014, environ 200 enfants seraient nés de la sorte outre-Manche. Au Portugal, une loi adoptée cet été prévoit d’autoriser la GPA dans certains cas d’infertilité féminine (par exemple en cas de maladie de l’utérus) et sans contrepartie financière. Six pays de l’Union interdisent en revanche formellement cette pratique : la France, l’Allemagne, la Bulgarie, l’Italie, Malte et l’Espagne. Un certain nombre d’autres Etats ne font tout simplement pas mention de la gestation pour autrui dans leurs textes de loi, ce qui revient à l’autoriser dans les faits. C’est le cas de la Belgique, des Pays-Bas, de la Pologne et de la Slovaquie.

Autant parler d’un bazar juridique de première classe dans une zone où les citoyens sont libres de circuler et de faire – entre autres – du tourisme procréatif. Préoccupant ? Le Conseil de l’Europe s’est penché à plusieurs reprises sur la question. Le dernier rapport, présenté cet automne par la médecin Petra De Sutter, sénatrice belge. Elle préconise que les ministres des Affaires étrangères d’Europe mettent en place des lignes directrices sur la GPA, afin de «sauvegarder les droits de l’enfant».

Et dans le monde ?

«C’est évident que je veux avoir mon propre bébé, mais honnêtement, je ne sais pas si mon corps peut le supporter une fois de plus.» Et voilà Kim Kardashian, déjà mère de North, 3 ans, et Saint, 11 mois, qui envisage publiquement (ça va de soi) de faire appel à une mère porteuse… Il faut dire que la GPA, qui a fait son apparition outre-Atlantique il y a maintenant une trentaine d’années, est autorisée dans de nombreux Etats américains. Les lois les plus «tolérantes» étant celles de la Californie, du Connecticut, du Delaware, du Nevada, du New Hampshire et du Rhode Island.

Environ 2 000 enfants issus de mères porteuses voient chaque année le jour aux Etats-Unis, soit trois fois plus qu’il y a une décennie. Cette augmentation s’explique entre autres par une forte demande internationale, notamment de la part de couples français auxquels il en coûte quelque 90 000 euros.

Globalement, hors de l’Hexagone et de l’Europe, une quinzaine de pays autorisent la GPA. C’est par exemple le cas de l’Afrique du Sud, du Canada, du Brésil, de l’Iran, de l’Ukraine, de la Russie, de la Thaïlande… L’Inde, qui a longtemps été une destination prisée par les Français (et moins onéreuse que les Etats-Unis), est désormais fermée aux étrangers. Nombre d’Européens se rendent donc en Ukraine, où la GPA est autorisée depuis plus de quinze ans.

Source: http://www.liberation.fr/france/2016/11/16/gpa-crier-ou-creuser_1528869

http://www.mereporteuse.info/

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